Oui, il était tard.
Il était même particulièrement tard.
Mais, elle m’a embrassé. Again and again.
Consentez que c’est elle qui a commencé, merdé.
J’avais un objectif, je voulais retrouver mon plumard, cool.
Alors, bien éduqué, je dis poliment au revoir après cette sympathique soirée...
Et vlan le palot de collégien... Deux langues ennemies qui se cherchent...
Bon, on se calme les enfants, prise de recul immédiate, on oublie le dérapage, et on rentre tranquille mimille, tranquille à nos pénates et les vaches seront bien gardées, ils couperont la scène au montage et on en parle plus, au mieux on en fera un bonus au dvd, non ?
A peine le temps de penser à faire memento qu’il a fallu que je monte.
Vous allez me dire comment d’un palot de cours d’école associée à une envie de rentrer, j’ai pu monter... Ben... J’ai été menacé.
Oui menacé.

L’impression de ne pas choisir ma direction conjuguée à la surprise excitante de la situation (à moins que ce ne soit l’excitation surprise ?)... Elle me poussait avec une baillonnette, une baillonnette en forme de lèvres avec du gloss dessus. Sous la menace et pour éviter une bavure, il fallait bien que je grimpe dans son nouvel appart, non ?

Bon, il était tard.
J’aurai pu fuir, il doit bien me rester des images de Carl Lewis dans la tête alors un bon sprint et hop, mais la connexion entre ce que je devrai faire et ce que j’allais faire ne s’est pas réalisée.

J’ai fini par pas me faire prier pour rester.
Finalement, quand on le regarde bêtement juste un verre dans son nouvel appart, pourquoi pas ? Hop un glaçon. Mais quelle est cette étreinte ? Juste un fond merci. Tiens quelqu’un qui m’enlace à peine assis (cela doit être une coutume locale à laquelle je me soustrais sans sourciller.) On le goute ce verre ?

Bon, il commence à être tard.
On se ressert un verre, bon, ok, si tu veux, j’ai jamais été hostile au dernier verre, d’autant que je n’avais pas vu qu’on avait fini le premier. Un nouveau glaçon, une étreinte, j’ai compris la coutume, rappelle moi d’ou tu viens ?
Méthodique et appliqué, je finis d’enlever ton gloss avec mes babines d’homme de couleur, ça couvre une satanée surface cette option que les parents m’ont greffée. C’est du boulot bien fait, y’en a plus une larme de ce truc. Bien joué Isaac. Je peux tremper les dites lèvres dans ce digestif qui réveillerait un mort.

Le dernier verre devait visiblement être un antépénultième, on se relance d’une tournée ponctuée d’une entreinte devenue normale.
Il se fait vraiment tard. Faudrait que j’y aille, ceci dit quand j’y pense, je me rends compte que dans la bataille du Gloss, ma chemise a disparu, et comme un con, je l’ai perdue de vue, pourtant dans un 90m2 une chemise blanche, cela doit se capter, non ? Je scrute sans bouger du canapé, il se fait tard, allons Isaac, me dis je en me grattant le peu de cheveu qu’il me reste, deux choix, je rentre torse nu sous ma veste (et on se rend la chemise plus tard... A moins que tu ne veuilles la garder, une autre coutume de ta tribu ?) ou je reste un peu voir si elle réapparait. A peine, j’opte pour la version Indiana Jones qui part à la recherche de sa chemise perdu qu’un connard de nain invisible vient de me subtiliser mes godasses laissant apparaitre mes chaussettes Simpsons. Ce nain me fait rire. Me v’la mignon, il a caché mes pompes maintenant.
Bon, indiana Jones maintenant t’as deux graals, tes pompes et une chemise.

Punaise, oui, il était tard.
Et j’étais pas en position de force.
Saleté de nain. Tiens, le temps que je cherche à choper ce nain invisible, la jeune fille de l’étreinte (oui rappelez vous, celle avec le gloss) en a profité pour se changer, exprimant au passage une sympathique solidarité avec mon coté torse nu. Oui, mademoiselle, j’aime beaucoup ce sous vêtement rouge... Ah, tu préferais que je te l’ôte.
Putain de nain invisible de merdé, il vient de me tirer mon falzard pendant que j’accédais à sa demande. A ce moment précis, je décide de tenir fermement mon calebar pour éviter que le nain file avec, je vais pas rentrer à poil, quand même. Ah bon, tu veux que je reste ?
Oui, il était sacrément tard, quand même.
J’ai donc accepté. J’ai accepté l’hospitalité de ce que je pensais être un canapé qui sentait à plein nez épaté la puce de chien... Ah, tu me prêtes ta chambre ? Quelle hospitalité, elle a cette nana... C’est vraiment urbain. Merci vraiment.
Oui, il était trop tard pour que je rentre (j’habite à moins 200 mètres et il fait 7-8 degrés à Saint é, c’est pas Fort de France ici !)

Ca sent toujours bon une chambre de fille et c’est toujours hyper bien rangé (appréciez le sens très masculin de la généralité), au passage, je me rends compte que sa chambre est la cachette du nain invisible, mon jean y est plié, et ma chemise suspendue (dans les films, vu la situation, tout cela aurait été éparpillé entre le salon et le pied du lit, ben là, non... Nous avons à faire à quelqu’un d’ordonnée.)
Bref, oui, il était tard pour que je rentre.